Pologne: un pas vers l’interdiction de l’IVG en cas de malformations du foetus

Pologne: un pas vers l’interdiction de l’IVG en cas de malformations du foetus – BFM.com

Une commission du parlement polonais dominé par la droite s’est déclarée favorable ce lundi à un projet de loi interdisant l’IVG en cas de malformations du foetus, alors que la loi en la matière est déjà l’une des plus restrictives en Europe.

Seize membres de la commission de la justice et des droits de l’homme ont voté en faveur du projet du Comité « Stop Avortement » et neuf s’y sont opposés.

Mercredi, le projet doit être soumis à la commission de la politique sociale et de la famille avant d’être envoyé en seconde lecture à la chambre basse.

L’IVG ne serait plus autorisée que dans deux cas : Si le projet est adopté, ce qui est fort probable, l’IVG ne sera plus autorisée que dans deux cas: risque pour la vie ou la santé de la mère et grossesse résultant d’un viol et d’un inceste.

Des organisations féministes et de défense du droit à l’avortement ont protesté dimanche devant les évêchés dans toute la Pologne contre la pression officielle de l’Eglise catholique en faveur de cette initiative.

La proposition est moins restrictive que celle qui avait provoqué en 2016 de grandes manifestations de femmes vêtues de noir dans plusieurs villes de Pologne et avait finalement été rejetée par le Parlement.

Ce texte prévoyait des peines allant jusqu’à cinq ans de prison pour les médecins et autres personnes participant à l’IVG, y compris pour les patientes elles-mêmes, mais autorisait le juge à renoncer à punir ces dernières

Selon des organisations féministes, des Polonaises subissent entre 80.000 et 130.000 avortements illégaux chaque année, en général dans les pays voisins, en premier lieu la République tchèque, la Slovaquie et l’Allemagne.


En Pologne, le droit d’avorter de nouveau en débat – lacroix.com

Tuer un enfant dans le ventre de sa mère est contraire aux principes de notre civilisation », martèle Kaja Godek. Coupe au bol et lunettes fines, cette trentenaire, mère d’un petit garçon trisomique, est le visage de la campagne « Stop à l’avortement » en Pologne. C’est elle qui a présenté, le 10 janvier, le projet de loi d’interdiction de l’interruption de la grossesse pour cause de malformation ou de maladie génétique grave détectées in utero.

Kaja Godek a épousé la cause anti-avortement il y a dix ans. Elle en est à sa troisième initiative populaire. Rejeté en 2013 et 2015, son projet a cette fois toutes les chances d’aboutir. Alors qu’à l’automne 2016, des manifestations massives de femmes ont eu raison d’un projet de loi sur l’interdiction totale d’avorter sous peine de prison pour les femmes, les organisations féministes ont à présent du mal à mobiliser dans la rue. Marta Puczynska, activiste du mouvement Strajk Kobiet (Grève des femmes), créé pendant les manifestations de 2016, regrette cette désaffection. « Les médias aussi y font moins attention », reconnaît-elle.

En 2016, l’Église s’était prononcée contre l’emprisonnement des mères. Cette fois, elle a appuyé sans réserve la nouvelle mouture. « Nous appelons tous les députés à respecter le droit à la vie et à voter pour cette proposition », déclarent les évêques dans un communiqué, soulignant qu’il s’agit d’un « pas important vers la protection totale de la vie en Pologne ». Actuellement, l’IVG est autorisée dans trois cas dans le pays : risque pour la vie ou la santé de la mère, grossesse résultant d’un crime (viol ou inceste), ou fœtus présentant une pathologie grave. Or, comme le souligne Kaja Godek, cette dernière situation pousse la plupart des femmes à avorter : 1 044 sur un total de 1 100 en 2016, selon le ministère de la santé. « Après le diagnostic prénatal de trisomie, les médecins n’ont pas hésité à me mettre la pression : vite, vite, il est encore temps, on pourra encore vous sauver. Ils voulaient tuer mon fils ! », s’indigne l’activiste.

Pourtant, selon les ONG féministes, l’attitude des médecins est au contraire très dissuasive, surtout en province. « Les femmes sont menées en bateau, les médecins multiplient les examens, ils cherchent par tous les moyens à gagner du temps pour pouvoir dire : ”Hélas, vous arrivez trop tard !” », raconte Krystyna Kacpura, directrice de la Fédération pour les femmes et le planning familial (Federa). Par ailleurs, les médecins évoquent souvent la « clause de conscience » qui leur permet de refuser de pratiquer l’IVG.

Pour avorter, les Polonaises ont recours aux services de cliniques spécialisées dans les pays voisins (Slovaquie, Allemagne, Autriche, Pays-Bas). Du personnel polonophone y est embauché, ne serait-ce que pour répondre au téléphone. Le prix de l’intervention : entre 350 et 600 €, pour un salaire médian de 850 € en Pologne. Ce « tourisme abortif » a été récemment mis en lumière par la chanteuse Natalia Przybysz. Elle a raconté comment, déjà mère de deux enfants, après une tentative ratée d’IVG pharmacologique, elle est allée en Slovaquie pour mettre fin à sa grossesse non désirée. « Pourquoi ne peut-on pas le faire normalement, en toute sécurité ? », demande-t-elle.

Autre solution pour les femmes, commander des pilules sur Internet. C’était le choix de Justyna, 50 ans, il y a dix ans. Originaire d’une petite ville, mère de trois enfants, elle n’avait pas les moyens d’aller à l’étranger. « J’avais vraiment peur, j’ai lu qu’on risquait une hémorragie terrible, raconte-t-elle. Pourtant, tout s’est passé comme sur des roulettes. Là, j’ai compris à quel point les milieux pro-vie faisaient de la désinformation sur l’avortement pharmacologique. » Elle donne à présent des conseils aux autres sur un forum. « Nous avons même des demandes de Polonaises expatriées en Irlande, au Royaume-Uni, en France. Le poids de l’interdit est si lourd qu’elles ne comprennent même pas que l’IVG est légale dans leur pays d’accueil ! »

Les mouvements pro-vie et pro-choix n’ont eu de cesse de déposer des projets opposés, sans jamais aboutir. La contre-proposition d’extension de l’IVG présentée à la Diète le 10 janvier a d’abord été rejetée en première lecture, embarrassant les partis libéraux d’opposition, Plateforme civique (PO) et Nowoczesna, dont les députés se sont largement abstenus, alors que Jaroslaw Kaczynski, le président du PiS, le parti au pouvoir, a voté pour l’examen du texte en commission. L’exécutif se trouve lui aussi en position délicate dans ce débat. D’un côté, sa proximité avec l’Église le pousse à suivre les recommandations des évêques. De l’autre, un sondage indique que les Polonais pour le statu quo sont majoritaires (43 %, selon Ipsos, janvier 2018), devant les partisans de la libéralisation (37 %) et ceux qui prônent l’interdiction totale (15 %).

Magdalena Viatteau