Les micro-États européens, symboles de l’anti-avortement

Andorre, le Liechtenstein, Malte, Monaco, Saint-Marin: ces territoires très conservateurs ne souhaitent pas évoluer sur la plupart des questions sociétales.

Nous les connaissons comme des endroits à part. Ces territoires d’une superficie similaire à nos villes, généralement riches, nous nous y rendons le plus souvent pour les vacances ou pour profier de leurs magasins hors taxes qui nous permettent de payer des paquets de cigarettes ou des vêtements un peu moins chers.

On les appelle les micro-États. En Europe, on en dénombre cinq en plus du Vatican: Andorre, le Liechtenstein, Malte, Monaco et Saint-Marin. Avec la Pologne et l’Irlande du Nord, ce sont les derniers lieux en Europe où l’avortement reste criminalisé.

Même en cas de viol, d’inceste ou de malformation fœtale, l’IVG est interdite en Andorre, à Saint-Marin et au Liechtenstein. Leurs ressortissantes et résidentes n’ont d’autre choix que de se rendre dans des pays voisins pour trouver un médecin gynécologue en droit de pratiquer cette intervention.

Cultures conservatrices

«Ils sont tous très conservateurs, non seulement dans la façon dont les institutions ont survécu, mais aussi en ce qui concerne les questions sociales», a expliqué à Vice Wouter Veenendaal, co-auteur du livre Democraty in Small States: Persisting Against All Odds [La démocratie dans les micro-États. Persister contre toute attente]. Il y existe un lien très fort entre l’Église catholique et l’État.»

Entourés de pays démocratiques, les micro-États européens sont des reliques politiques. Depuis le XIIIe siècle, Andorre est gouvernée en tant que coprincipauté à la fois par un évêque catholique et par la personne qui se trouve à la tête de l’État français. Monaco et le Liechtenstein sont tous deux gouvernés par de puissants monarques et sont habités principalement par une population de culture chrétienne, à l’instar de Saint-Marin.

Depuis toujours, «sur la plupart des questions morales –euthanasie, mariage homosexuel, droits des femmes, drogue– les micro-États européens tournent à droite», affirme Wouter Veenendaal.

Inertie

Les mentalités commencent à bouger. En 2009, Monaco a assoupli les restrictions relatives à l’avortement et pourrait bien aller jusqu’à le dépénaliser pour les femmes (pas pour les médecins). En Andorre, l’IVG a occupé le cœur des débats lors des éléctions législatives de 2019.

Des changements, certes, mais qui prennent du temps. Les décisions à ce sujet sont difficiles à prendre tant la population semble crispée dès lors qu’on aborde cette thématique. En 2011, les personnes qui vivent au Liechtenstein se sont opposées à sa légalisation.

Or Maria Guillamet Fages, étudiante en sociologie à l’université de Barcelone qui étudie les perceptions andorranes concernant l’avortement, a déclaré: «Il faut se demander ce qui est le plus important: les droits fondamentaux des femmes ou la politique.» A priori, pour le moment, la politique l’emporte.

Robin Lemoine – slate.fr